Rentabilité client : votre meilleur client n'est pas forcément le plus fidèle

La rentabilité client est rarement le premier critère que les dirigeants de TPE et PME utilisent pour évaluer leur portefeuille. 

Posez la question : « Qui est votre meilleur client ? » La réponse arrive presque toujours de la même façon. C’est celui qui revient depuis des années et avec qui la relation est facile. Ou encore celui qui représente une bonne part du chiffre d’affaires.

Ces critères sont compréhensibles, mais ils sont aussi, très souvent, trompeurs.

Fidélité et rentabilité ne sont pas synonymes. C’est pourquoi un client peut revenir régulièrement tout en vous coûtant davantage qu’il ne vous rapporte une fois qu’on intègre tout ce qu’il mobilise réellement dans votre activité. Et à l’inverse, un client discret, peu exigeant, avec des commandes modestes, peut se révéler l’un des plus précieux de votre portefeuille.

La distinction n’est pas anecdotique. En effet, elle conditionne vos décisions commerciales, votre allocation de temps et, in fine, votre marge. C’est une réalité que l’on observe régulièrement chez les TPE et PME du Grand Est, où la relation client de proximité rend encore plus difficile cette distinction.

Pourquoi on confond fidélité et valeur

Rentabilité client : balance fidélité / coût

La confusion est logique. C’est le cas dans une petite structure où la relation client est souvent personnelle. On connaît les gens, on leur fait confiance. Ces éléments sont importants, mais ils ont une valeur souvent plus relationnelle qu’économique.

Le problème vient du fait qu’on évalue les clients sur des indicateurs visibles et simples à mesurer : le chiffre d’affaires généré, la fréquence des achats ou encore l’ancienneté de la relation. Ces indicateurs sont certes utiles, mais ils sont surtout incomplets. Ils ne disent rien du coût que ce client représente pour vous.

Or ce coût peut prendre des formes très concrètes : temps passé à gérer ses demandes spéciales, délais de paiement longs, remises accordées au fil du temps pour « garder la relation », charge administrative plus lourde, ou simplement une relation énergivore qui mobilise votre attention au détriment d’autres clients.

Un client fidèle qui consomme deux fois plus de votre temps qu’un autre, accepte des tarifs négociés en dessous de votre prix habituel et paie à 60 jours n’est peut-être pas votre meilleur client. Même s’il revient depuis cinq ans.

La valeur vie client : un concept simple, rarement appliqué

La valeur vie client, ou LTV, pour Lifetime Value, est la mesure du revenu total qu’un client génère sur l’ensemble de sa relation avec vous. C’est un indicateur courant dans les grandes entreprises, quasi absent dans les TPE et PME, non pas parce qu’il est trop complexe, mais parce qu’il demande un effort de calcul qu’on ne prend pas le temps de faire.

Dans sa forme la plus simple : combien ce client vous a-t-il rapporté depuis qu’il l’est ? Et combien vous a-t-il coûté en temps, en remises ?

La LTV seule ne suffit pas. C’est pourquoi, elle doit être comparée au coût d’acquisition du client : ce que vous avez dépensé (en temps, en argent, …) pour le convaincre de travailler avec vous la première fois. Un client au potentiel pourtant modeste, acquis rapidement et sans effort commercial significatif, peut se révéler plus rentable qu’un compte important qui vous a demandé six mois de prospection et une attention soutenue pour être converti.

Ce ratio LTV / coût d’acquisition est l’un des indicateurs les plus utiles pour comprendre la réalité économique de votre portefeuille client. Il ne nécessite pas d’outil complexe. Un tableau simple suffit, mais à condition d’avoir la discipline de le tenir.

Les profils clients qui coûtent plus qu'ils ne rapportent

Trois profils reviennent régulièrement quand on analyse sérieusement la rentabilité client du portefeuille d’une TPE ou d’une PME.

Le client ancienneté

Il est là depuis le début, ou presque. La relation est cordiale, parfois amicale. Précisément parce qu’elle est ancienne, elle a accumulé des concessions : un tarif qui n’a pas bougé depuis trois ans, des délais de paiement élargis, des « petits services » rendus hors facturation. Personne ne remet en cause la relation. Mais si vous calculez sa rentabilité réelle aujourd’hui, elle est souvent bien inférieure à ce qu’elle était au départ.

Le gros compte exigeant

Il représente une part importante de votre chiffre d’affaires. C’est pour cette raison qu’on lui accorde tout ce qu’il demande : des délais courts, des adaptations sur mesure, une disponibilité quasi permanente. Ce client est important mais il crée aussi une dépendance et mobilise une énergie parfois disproportionnée. Si vous lui consacrez 40 % de votre temps pour 25 % de votre marge, l’équation mérite d’être regardée.

Le client très fidèle, peu évolutif

Il revient régulièrement, mais toujours pour la même chose, au même montant, sans jamais élargir le périmètre de la relation. Ce client est stable, ce qui est rassurant. Pourtant sa valeur vie client est plafonnée dès le départ. Comparé à un client qui démarre modestement et monte en puissance progressivement, il peut sembler plus solide alors qu’il est en réalité moins intéressant sur la durée.

Comment identifier vos clients vraiment rentables

L’exercice ne demande pas de logiciel de CRM sophistiqué. En revanche, il demande un peu de méthode.

Commencez par lister vos clients actifs et, pour chacun d’eux, notez : le chiffre d’affaires généré sur les douze derniers mois, le délai de paiement moyen, les remises accordées, et une estimation honnête du temps que ce client vous prends chaque mois : réunions, emails, demandes spéciales, gestion d’éventuels litiges.

Valorisez votre temps au taux horaire qui correspond à ce que vous vous payez, ou à ce que vous pourriez facturer à quelqu’un d’autre pendant ce temps. Soustrayez ce coût du revenu net généré. Enfin, ce qui reste, c’est la contribution réelle de ce client à votre rentabilité.

Cet exercice réserve souvent des surprises. C’est là que certains clients que vous considériez secondaires se révèlent parmi les plus rentables. D’autres, que vous chouchoutiez, absorbent une part exagérée de vos ressources.

Ce que ça change concrètement dans vos décisions

Comprendre la rentabilité réelle de vos clients n’est pas un exercice comptable. C’est un outil de décision stratégique.

Cela change la façon dont vous allouez votre temps, moins sur les clients qui mobilisent beaucoup pour peu, plus sur ceux qui ont un vrai potentiel de développement. Cela change aussi votre approche commerciale : plutôt que de chercher à tout prix à fidéliser tous vos clients, vous cherchez à développer les bons.

Cela peut aussi conduire à des décisions difficiles : par exemple renégocier les termes d’une relation commerciale ancienne, mettre fin à une relation peu rentable, ou revaloriser des tarifs qui n’ont pas bougé depuis trop longtemps. Ce ne sont pas des décisions agréables. Elles sont pourtant souvent nécessaires pour assurer la viabilité de l’activité.

Un dirigeant qui sait exactement ce que lui rapporte chaque client n’est pas dans une posture de méfiance vis-à-vis de ses clients. Il est simplement en mesure de faire des choix éclairés et de diriger son énergie là où elle crée vraiment de la valeur.

→ Pour aller plus loin : construire une stratégie marketing orientée vers les bons clients

La fidélité a de la valeur. Laquelle, exactement ?

La fidélité d’un client est un élément précieux. Elle signifie que vous avez bien travaillé, que la relation tient dans le temps, que votre offre répond à un besoin réel. Par ailleurs, au-delà de la question de la rentabilité, il y la manifestation d’une forme de reconnaissance pour le travail effectué, et humainement, c’est toujours satisfaisant.

En définitive, ce qu’il vaut la peine de questionner, c’est l’équation économique derrière cette fidélité. Un client qui revient mais qui revient à des conditions qui ne sont plus viables pour vous n’est pas un actif. C’est une habitude.

La différence entre les deux n’est pas toujours visible au premier regard. C’est précisément pourquoi il vaut la peine de regarder.

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